De Deleuze à Kant-Schéma nº2

La représentation


Schéma nº2-cliquer sur image


Intuition-Espace Temps

Au moyen de la sensibilité, passive, diverse, les phénomènes apparaissent,
se convertissent en objet d'intuition empirique.

L'espace et le temps sont des intuitions pures qui contiennent á priori la condition de possibilité des objets comme phénomènes.

Espace et temps sont des "expositions transcendantales" et non des déductions.

Présentation-Objet- Phénomène
La sensibilité, passive, n'est pas source de représentation, mais plutôt: la diversité sensible empirique constitue le phénomène qui apparaît, se présente á l'intuition (apparition, présentation de l'objet comme phénomène).

La (re)présentation est la récupération active de ce qui se présente: activité qui se distingue de la passivité de la sensibilité.


Synthèse
La représentation est la synthèse de ce qui se présente. La synthèse enferme une diversité dans une représentation. Elle est l'activité face á la passivité sensible et a 2 aspects:

Appréhension: c'est l'acte d'imagination. La diversité est appréhendée dans un certain espace et un certain temps. L'imagination produit ainsi des "parties" dans l'espace et le temps.

Reproduction: l'imagination reproduit ces "parties" au fur et á mesure qu'elle produit les suivantes.

La synthèse est celle de la diversité dans l'espace- temps et aussi de l'espace-temps, ce qui permet de représenter l'espace-temps.

Synthèse á priori: lorsqu'est attribué á l'objet une propriété qui n'est pas contenue dans la représentation (ex: catégories).


Facultés de la représentation


Faculté passive: Sensibilité

Facultés actives:
1-Celles qui interviennent dans la synthèse active, donc elles sont source de la représentation, á savoir

Imagination …..Activité de la synthèse I

Entendement….Unité de la synthèse E

Raison…………..Totalité de la synthèse R

2-Celles qui constituent le type de relation entre sujet et objet:

Connaître……….sujet --> objet (concordance, conformité) C

Désirer…………..sujet --> objet (agir sur la représentation) D

Sentir…………….objet --> sujet (effet de la représentation: Plaisir, douleur) S

voir Suite: critique de la raison pure

De Deleuze à Kant-Schéma nº1

Méthode transcendantale




Schéma nº1-Cliquer sur image
 



Son principe essentiel est une critique immanente:"la raison comme juge de la raison".-Elle détermine:

a) la vraie nature des intérêts et fins de la raison

b) les moyens pour réaliser ces intérêts et fins.

Les fins suprêmes de la raison constituent le système de culture. La philosophie est la science de la relation entre toutes les connaissances et les fins essentielles de la raison.

Les intérêts ou fins de la raison ne sont ni matière á jugement ou á expérience, ni matière á aucune autre instance qui soit externe ou supérieure á la raison (raison seule juge de la raison)

La méthode transcendantale qualifie le principe d'une soumission des données de l'expérience á nos représentations á priori et de l'application nécessaire de l'à priori á l'expérience.



Kant
Les fins de la culture sont propres á la raison et absolument ultimes. La Nature ne suffit pas pour y accéder car ce sont des fins absolues. Les fins et intérêts de la raison font que en les postulant, la raison se postule á elle-même. Ces fins ne sont d'aucune instance extérieure ou supérieure á la raison. Ce qui se présente comme équivalent á la Nature obéit á des principes identiques á ceux qui régissent les cours de nos représentations subjectives: la subjectivité n'est pas empirique mais transcendantale. Soumission de l'objet au sujet. L'être rationnel se découvre de nouveaux potentiels dans la représentation: pouvoir législateur de l'entendement, réalisme empirique.
Empirisme Les fins se rapportent á une affectivité primitive, á une "nature". La raison est un moyen indirect pour y accéder.

Rationalisme La raison appréhende comme fin ce qui lui est extérieur: le Bien, l'Etre. C'est la volonté qui détermine la raison.

   Hume Pour Hume, la connaissance implique des principes subjectifs qui permettent de dépasser, recouvrir, ce qui est donné. Des "á priori" propres á la Nature humaine (psy). Hume: harmonie entre sujet et objet de la représentation (principes de la Nature en accord avec la nature humaine).

Ces différences sont liées á la notion d'à priori.

A priori
Ce sont les (re)présentations qui ne dérivent pas de l'apparence ni de l'expérience.

Transcendantal: le principe en vertu duquel l'expérience se soumet á nôtre représentation á priori.
Des présentations á priori sont: "les expositions métaphysiques" (espace, temps, pures intuitions), les "catégories ou déductions métaphysiques" substances, causes, concepts á priori…

A posteriori: l'empirique, la nature, l'expérience, couleur rouge, le lion…

Le transcendantal est le principe d'une soumission nécessaire des données de l'expérience á nôtre représentation á priori et corrélativement d'une application nécessaire des représentations á priori á l'expérience.

Suite: La  représentation

Two Lovers

James Gray a eu jusqu’à présent la réputation d’un auteur de films noirs avec Little Odessa (1994), The Yards (2000) et We own the night (2007). J’ai vu The Yards et tant la qualité du scénario comme la direction d’acteurs, particulièrement Mark Walberg et Joaquim Phoenix, m’ont suffisamment impressionnées comme pour ne pas perdre la projection de Two Lovers (2008), distribuée en Espagne avec deux ans de retard.


Si le scénario se résume à une comédie romantique, la signature de Gray le transforme en un drame de facture existentialiste, dense et chargé d’émotions. Joaquim Phoenix interprète le rôle du maniaco-dépressif si bien décrit par Dostoievski dans le roman que Luchino Visconti transcrit à l’écran (Les nuits blanches) avec Mastroianni et Maria Schell, un film qui ne laissa aucun souvenir dans la filmographie ni du metteur en scène ni de l’acteur.



Phoenix y incarne le personnage de Léo, victime de troubles de bipolarité, avec ses cicatrices aux poignets, se jetant d’un pont dès la première image. Le corps épais, le regard perdu, le sourire enfantin, objet de l’attention maternelle délicate et amoureuse (Isabelle Rossellini). James Gray reprend le thème du fils prodigue. Léo est de retour à la maison de ses parents, comme, dans The Yards, Mark Walberg sortant de prison pour retrouver le noyau familial avec Faye Daneway, James Caan et le cousin Phoenix. Si dans The Yards la famille, d’origine italienne, est embourbée dans une sombre histoire politico-mafieuse, Léo a été élevé, lui, dans la tradition juive avec des parents qui mènent une vie modeste avec leur petit commerce de laverie automatique.



La tension de Walberg qui a payé pour les sombres affaires familiales se retrouve chez Léo qui cherche à satisfaire des parents inquiets. Tâche impossible lorsque apparaît Michelle (Gwenwth Paltrow). Ses troubles de bipolarité atteignent le paroxysme, partagé entre la passion pour Michelle, un amour qui représente l’aventure, la rupture avec l’ordre établi et, d’autre part, la sécurité affective et matérielle d’une union promise à Sandra, choisie par les parents dans le cadre d’un projet de fusion de commerce. L’insécurité ou la fidélité à la tradition familiale. Conflit qui conduira de nouveau Léo sur le pont…

James Gray décrit le retour du fils, le piège du noyau familial, l’échec d’un être faible et généreux, vaincu par la loi du groupe, trompé par la séduction et la soif d’évasion. Un film sur la passion, le pathos, dont la force dramatique est atteinte grâce à l’interprétation magistrale de Phoenix, en particulier à la représentation de ses pulsions –comme lorsqu’il se lance sur la piste de danse. Mais aussi, grâce à la résolution cinématographique de cette dualité entre devenir et permanence que représentent les deux amours de Léo, Two lovers, l’ambiance douillette de la relation sexuelle avec Sandra, l’intensité des émotions qu’éveille Michelle dans le froid glacé de la terrasse.



Ceylan et les trois singes

Oeuvre de rupture: "Les trois singes"

Ceylan nous propose une œuvre de rupture dans laquelle ni lui ni les siens n’apparaissent et qui délaisse l’aspect autobiographique de ses précédents films pour s’attacher à décrire de manière élaborée et numérisée la dislocation d’une famille.

Les Trois Singes n’est en rien une œuvre de la continuité, elle constitue même à bien des égards un nouveau virage. Si son épouse Ebru et son ami Ercan Kecal (qui interprète aussi le personnage de l’homme politique) ont participé à l’écriture du scénario, ni lui, ni sa famille au sens large ne sont à l’image.

Cependant, il est étonnant de constater à quel point Ceylan procède au réinvestissement et à la relecture de la modernité, et dans ce panthéon figurent sans aucun doute Antonioni et Tarkovski, surtout lorsqu’il s’agit d’autopsier les rapports humains à l’aune de leur environnement.

Le théâtre familial et Confucius.

Un port, champ contre-champ de l’affrontement terre/mer, frontière infranchissable, zone trouble de repli et d’attente. Le film explore la dislocation d’une famille (la femme et le fils, puis le père, de retour au foyer) qui joue dangereusement aux trois singes. Toujours malicieux et aimant se glisser dans les interstices du sens, Ceylan tire cela de Confucius où « les trois singes ont une signification positive qui représente la sagesse : ne pas entendre le mal, ne pas le voir, ne pas en parler ». Mais ici ce n'est pas de sagesse dont il s'agit sinon de l'extériorisation des âmes en souffrance.

Trois chambres pour trois singes

La séparation et l’enfermement des personnages sont alors signifiés par un travail remarquable sur les cadres et l’espace : l’appartement de la famille est un lieu exigu divisé en plusieurs pièces qui forment de multiples cadres dans le plan. Les protagonistes, principalement la mère et le fils, sont constamment séparés par ces cadres, ce qui métaphorise admirablement leur éloignement malgré les liens qui les unissent.

Chorégraphies de deux ou trois entités, entrant dans l’écran par le bas, à droite ou à gauche, comme les insectes qui peuplaient l’écran d’Äntonioni dans la première partie de La Aventura. C’est un Désert Bleu. Ce n’est pas le monde industriel du Désert Rouge qui enferme la femme, sinon un univers à la lumière écrasante. Ce n’est pas non plus le Bleu marqué par la camera cachée, cet inconscient traité par Haneke dans Caché. Ni le Bleu du monde kafkaïen ou se débat le Sam de Brazil.


Ceylan nous offre en fait un Noir et Blanc, une photographie expressioniste colorée de Bleu, ou apparaissent parfois des tâches de rouge, un mur, un sac à main, un rideau…C’est l’univers de l’exploitation de l’homme par l’homme, de la femme par les hommes, par le mari, l’amant, le fils. Ici, comme dans le Désert Rouge d’Antonioni, elle se trouve au centre de gravité de ce triangle.


Les différents actes violents du film ne sont que suggérés : l’auteur utilise des combinaisons de plans qui allient de très belles ellipses à des caméras subjectives qui font ressentir la psyché des protagonistes. Ceylan filme l’inexprimable à travers des moments apparemment anodins à la manière d’Antonioni. Il nous offre une série d'images temporelles, une succession de plans elliptiques dans une progression linéaire. Une répétition de l’action dans des moments distincts de la journée, un jeu silencieux des trois singes représenté par des plans courts, distanciés dans le temps. Un long plan séquence final dans lequel la foudre de Zeus est le contrepoint de la colère contenue du père qui a rétabli l’ordre familial.

Image sonore après Robert Bresson

Robert Bresson est un maître revendiqué. « Maître à penser » dit-il. À penser le cinéma. C’est particulièrement le cas dans le rapport de Ceylan au traitement sonore. Le son est monté, découpé, fabriqué, il fait l’objet d’une très grande attention ; le cinéaste se montre à son sujet obsessionnel et exigeant à en croire Olivier Dô Hùu, monteur, le son est un indicateur d’atmosphère et de psyché. Et souvent ces deux derniers éléments se trouvent en interaction ; l’humeur de la nature est aussi celle des êtres, qui s’influencent réciproquement.

C’est un cinéma baigné par les notes des maîtres de la musique occidentale ; Bach avant tout, mais aussi Schubert, ou encore Mozart qui rythme superbement la mélancolie d’Uzak. Mais ici, les sons enlacent les espaces et les organisent en mondes fermés. Le son, la musique, c’est l’appel du muezzin ou celle du téléphone portable qui exacerbe les sentiments et provoque le malaise à chaque sonnerie. Cette musique, pleine de sous-entendus, est à la fois celle d’un amour impossible et de l’adultère, ce qui démontre la belle complexité et la force métaphorique de cette œuvre…

Trois Singes est un film atmosphérique et sensoriel qui baigne dans une architecture sonore entièrement dédiée à la représentation des ressentis : la respiration ; le vent qui amène le tourment et les bruits urbains qui révèlent les fêlures des êtres. Claustrophobie ou seule reste l’expression de l’affect, le symptôme d’un monde imaginaire que reflètent les gros plans. Des solitudes, des singularités dans toute leur potentialité, leurs possibilités dans les profondeurs d’un espace-temps bleu et blanc où rodent le fils mort et le chat miaulant.



De Tarkovski au numérique

Inutile d’être exhaustif ici, il convient simplement de constater que Ceylan est un cinéaste qui débute sous une double tutelle paternelle. L’un biologique, Emin, l’autre cinématographique, Tarkovski. À tous deux il voue un véritable culte. Ces deux figures envahissent, Koza, Kasaba et Nuages de mai. Ces trois films forment un réseau organisé autour de l’autobiographie poétique de Tarkovski : Le Miroir.

Uzak ne tourne plus autour de la figure paternelle qui est l’objet et le centre de gravité des trois films précédents Ceylan semble ici couper le cordon cinématographique qui le reliait à son père. Ce culte du père ne s’arrête pourtant pas là, mais il est désormais mené avec un autre medium. Un travail photographique mené avec son épouse Ebru a en effet été réalisé entre 2006 et 2008 avec la série « For my Father » (http://www.nuribilgeceylan.com/photography/formyfather1.php). On y retrouve les lieux parcourus avec la caméra quelques années plus tôt, les bois et la fameuse clairière, d’autres également. Belles et sereines, travaillées par une mélancolie inquiète, ces photographies scrutent le travail du temps sur le corps, et surtout un visage minéral plein d’aspérités.



Oliveira et la jeune fille blonde

Vu au Festival du cinéma européen de Séville

Singularités d'une jeune fille blonde

«Je te raconte à toi, inconnue, ce que je ne raconterai pas à un ami». C’est ainsi que commence ce film, une narration littéraire adaptée d’un récit de Eça de Queiros, l’auteur "El crimen del padre Amaro" et auquel ce film rend un hommage par une digression.

Les personnages de l'oeuvre de Queiros



Fenêtre à l’intérieur d’une fenêtre, porte qui s’ouvre sur une autre porte, miroir qui reflète un escalier. Des espaces improbables qui interrogent le temps et les sentiments d’un personnage qui poursuit l’objet de son désir.


Comment actualiser cet objet de désir si virtuel, ce tableau dans un tableau, portrait incrusté dans la réalité d’une jeune fille blonde à l’éventail chinois, de dragons et de plumes ?



Le réalisme de Queiros, influencé par Emile Zola, se manifeste dans la critique d’une haute bourgeoisie portugaise figée dans le XIX ème siècle –notons ici le parallélisme avec La pianiste de Haneke. Mais cela ne semble pas être l’objet de Oliveira.
Portes et fenêtres, n’a-t-on pas là les artifices d’un plan qui permet au cinéaste de décrire les pièges de l’imaginaire ? Oliveira réalise ce que Jean-Luc Godard nomme l’image-pensée, l’image qui montre, révèle avant même d’être interprétée. Pour Oliveira «la vision est subjective, vient des yeux et du cerveau. Avec un plan, un encadrement, l’on voit tout d’un coup : l’image peut s’arrêter, se transformer en un tableau, alors que les mots passent dans le temps».



Avec ingénuité, le héros réalise l’objet de son désir et nous dit : «C’est avec la réalité et avec l’art que commence l’amour». La réalité le mènera à la ruine pour l’amour d’une inconnue, qu’il abandonnera finalement au coin d’une rue. Quant à l’art, Oliveira cherche la référence, la plus-value culturelle qui, à partir du décor et de l’éclairage, puisse représenter une peinture extrêmement codifiée.




"Sweet Rush" de Wajda

Vu au Festival de Cinéma Européen de Séville


Sweet

Wajda conserve sa source d’inspiration dans la Deuxième Guerre Mondiale. Après le cri de rage de Katyn, vu aussi dans ce Festival, le vieux maître prend le ton de la confidence. Sweet Rush est un hommage à son ami mort, le chef caméra de son équipe. Une réflexion sur la mort, intime et sobre, plus proche des sentiments d’un troisième âge pessimiste que de la fraîcheur d’un Bergman avec Les fraises sauvages ou un Kiarostami avec Le goût de la cerise.



Rush

C’est dans l’utilisation subtile des rushes du tournage d’un film inspiré d’une œuvre littéraire que réside la force du propos de Wajda. Véritable "Ruban de Moebius", entre la fiction et la réalité, parcouru par une fabuleuse Krystyana Janda (L’homme de marbre et L’homme de fer de Wajda et aussi le Mephisto de István Szabó). L’actrice interprète ici trois rôles qui contemplent la mort. Une interprétation qui représente, en fait, une réflexion plus profonde dans le film : le métier d’acteur. Ce duo Wajda-Janda peut parfaitement venir s’enlacer avec celui aussi mémorable de John Cassavetes et Gena Rowlands dans Opening Night.

Avortement


Manifestation “Provida” à Madrid en 2010
Photo Cristóbal Manuel





Si les hommes pouvaient tomber enceints, l’avortement serait un sacrement

Devenir et Permanence: "Two Lovers"

Essayer de comprendre et de décrire la chaîne des évènements qui commence avec l'émotion, depuis son empreinte dans le corps jusqu'à son expression publique en tant que représentation du théâtre corporel, et qui s'achève dans le sentiment, représenté dans le théâtre privé des évènements mentaux (Antonio Damasio- "A la recherche de Spinoza")[1]. Nos mouvements émotionnels, qui tant de fois nous débordent, sont la manifestation de nôtre devenir et nôtre implication spatiotemporel. Chercher en moi ce qui s'oppose à cette idée première du devenir, à ces présents successifs qui enferment dans l'épaisseur de mon corps un passé sans mémoire et un avenir improbable.

L'image cinématographique nous enseigne les différents aspects du devenir, l'affect dans le tremblement de la commissure des lèvres, la pulsion lorsque le corps s'élance , la pensée avant et après un acte décisif…Que de films reflètent ces passages de l'humain par les différents degrés d'intensité de ses émotions, mouvements discontinus, incontrôlables, ou suspension du mouvement dans un état de réflexion, dans la recherche de la sécurité, du permanent, projection d'un mental qui s'affronte, sans repères, à son devenir!

Deux amours: Two Lovers

Je prends comme point de départ cette promenade dans le labyrinthe des émotions et des sentiments de ce perdant maniaco-dépressif décrit par Dostoïevski, adapté par un Luchino Visconti peu inspiré (Les nuits blanches avec Mastroianni) et que James Gray reprend avec bonheur dans Two Lovers.


Un film qui raconte l'histoire de Léo… Aujourd'hui, le maniaco-dépressif se nomme victime de troubles bipolaires. Le corps épais de Joaquim Phoenix passe de la désillusion amoureuse et de la tentative de suicide à "l'amour fou", cette perturbation déchaînée par l'objet inaccessible d'un désir aveugle.. Le pendule va et vient entre l'effort pour assumer le rôle qui lui est offert dans le cadre de la tradition familiale, et le désir de rupture et d'évasion. Entre la permanence et le devenir.
Lorsque le pendule oscille franchement et définit le scénario du film, comme c'est le cas ici, nous pouvons facilement découvrir la fragilité de la condition humaine. La dépression de Monica Vitti dans Désert Rouge, le traumatisme provoqué par la mort du fils et les devenirs successifs jusqu'à la réclusion comme refuge et fausse permanence chez Ingrid Bergman dans Europe 51, les devenirs échelonnés depuis la permanence consacrée par les règles sociales jusqu'à la libération et la illumination pour Gertrud de Dreyer.

Et la crise, c'est-à-dire douleur et changement lorsque la maladie met à l'épreuve cette condition de l'humain: le corps altéré par des forces réactives, s'éloignant inexorablement des forces vitales auxquelles il ne peut accéder et dont il réalise la présence autour de lui. La recherche de la permanence, de l'énergie à retrouver, de la sécurité que représente la santé perdue, le confort familier…Ce sont Les invasions barbares et tant d'autres…

Il y a enfin le mouvement simple, définitif, qui part de la permanence pour se lancer vers les intensités et les tensions du devenir sans retour: lorsque l'humain se sait condamné à la mort et rompt avec la stabilité et la sécurité pour vivre les émotions et en finir avec les frustrations crées par les normes sociales. Ici il n'y a rien à perdre… c'est Kurosawa qui nous donne une leçon d'optimisme avec Vivre.




Entre les oscillations extrêmes du pendule, d'autres, de plus faibles amplitudes,vibrent et se font perceptibles même dans des états apparemment stables, quand le corps en crise cherche la branche où se poser entre deux vols. C'est Gena Rowland dans Une femme sous influence ou Opening Night et tous les autres acteurs de John Cassavetes, comme Joaquim Phoenix dans Two Lovers. Là, tout est mouvement, affect, pulsion, intensités qui surgissent du regard, d'un geste de la main, de tout le corps.

Traumatisme, troubles, dépressions, maladie en phase terminale ou simple crise. Et ce qui est sain? Est-t-il sain ce mental qui veut être en paix pour gouverner dans sa fausse permanence, quand "on" constate que "son" corps répond bien. N'est-ce pas plutôt, quel que soit l'état physique, Vivre le devenir, les intensités variables de ses émotions, les percevant comme le fondement de ses sentiments, ces mouvements cachés que le mental retient imprimés en lui? n'est-ce pas au virtuel d'accompagner ainsi les mouvements apparents, unifiant le corporel et le mental, un vivre dans lequel «le corps tel qu'il existe, n'est rien de plus que l'objet de l'esprit» (Spinoza)?

Permanence comme résistance au devenir


Dans son "Traité de Métaphysique", Jean Wahl précise les conditions dans lesquelles peut être pensé le devenir: «Le devenir est forcément le devenir de quelque chose de permanent». La permanence, dans le sens plein du terme, se traduit dans les idées de substance, essence, présence… Face au devenir, l'homme essaie de trouver quelque chose de stable. Il a essayé, nous dit Jean Wahl, d'établir tout d'abord une permanence, qui puisse résister au devenir. Contre le devenir, dont il ne put supporter l'idée, il éleva les idées de substance, d'essence, de forme, d'Etre. Jean Wahl se demande si une telle interprétation de la permanence est nécessaire pour comprendre le devenir et «s'il ne suffirait pas de reconnaître des permanences relatives… différents rythmes de mouvements… différentes vitesses».
Le film de James Gray illustre cette dernière approche. Léo est otage de la bonne volonté de ses parents qui l'ont accueilli. Plus précisément d'une mère qui ne peut dissimuler son instinct de protection et sa peur de le perdre, et d'un père qui projette de le marier. Ce dernier a en effet projeté la transformation de son petit négoce de blanchisserie et la fille du futur associé, amoureuse de Léo et plongée dans la même tradition familiale juive, représente l'objet idéal pour cette affaire qui donnera ainsi la sécurité et la stabilité à son fils chéri. Jusqu'à présent, une petite comédie romantique…


La permanence relative qu'offre la famille, ce rythme lent et mesuré, c'est le pôle extrême du pendule qui lance Léo jusqu'à l'autre pôle, celui de "l'amour fou" et met en mouvement une succession de devenirs pour se retrouver, à la fin du film, au pôle initial… jusqu'à la prochaine oscillation. la tentative de suicide précède le premier mouvement du pendule. Dans le mouvement de retour, après la frustration de son désir de fuite et rupture d'avec la permanence, une nouvelle tentative et une nouvelle permanence.

L'idée de permanence comme substance ou essence dans son origine grecque (Parménides), a été développée jusqu'à nos jours. Il convient de noter que ces concepts de substance et essence, ne correspondent pas en hébreu (hai, hayah) à la permanence sinon au mouvement vital ou …devenir, ce qui nous rapproche d'avantage de Héraclite[1]. La famille de Léo, d'origine sémite, semble prendre en compte "l'essence" du fils chéri comme un mouvement…perpétuel.

Vivre ses émotions: le devenir


Un corps qui vit le devenir, ses flux successifs, joyeux et enfantins, et qui, brusquement, cache sa tête sous l'oreiller, dans la claustrophobie d'une chambre obscure. Le corps de Léo est le territoire des émotions, perturbations apparentes, affects, ces «effets moteurs sur un nerf sensible» disait Bergson. Il les vit comme une chaîne d'évènements, c'est le théâtre de son corps qu'il ne peut dissimuler aux yeux des autres. Et, progressivement, ces évènements se diluent comme le sel dans l'océan virtuel de sa pensée, dans des entrelacs de sentiments, son théâtre privé. Le débordement de ses émotions cessera brusquement face à la désillusion et la perte de l'objet du désir et se transformera en l'ombre de la douleur cachée.

Avant d'en arriver là, Léo vit ses relations avec ses deux amours, ses Two Lovers, comme deux séries divergentes qui expriment leurs différences d'intensité. Des relations où se concentrent le devenir de chacun et chacune, ses qualités, la forme et les extensions de leurs désirs réciproques, la matière des tensions familiales –les deux femmes dans la relation au père. Léo et ses deux amours, trois intensités, le potentiel de chaque corps, une composition de forces.
Ainsi sont les relations affectives, des courants d'affirmations, de résistances, de tensions apparentes. Des forces antagonistes, actives et passives, entre mouvement et stabilité, entre devenirs et permanences relatives. Des permanences passagères en réalité, qui ne sont que des mouvements de faible intensité, des regards en arrière dans une recherche de ce parfum d'une essence qui glisse entre deux pensées, et ces bilans qui forment l'Histoire du Je et qui réactivent les émotions…



…Léo dans sa chambre, nuits blanches. Il se pelotonne, retient les flux de son devenir et se fait pure sensibilité: il vient de recevoir l'empreinte de celle qui va marquer en lui le désir de rupture avec toute permanence. Toute sa nouvelle réalité est immergée dans l'océan de l'affect, cet ordre fortuit, intempestif de la rencontre. La différence nait en lui, la variation incessante des affects, la différence des degrés d'intensité. Qu'importe à présent les différences de sexe, d'espèces, de lieux, Léo vit les différentiels de ses émotions, transforme l'empreinte en expression du désir, de l'appétit de vie, tout le déborde. Il découvre aux autres sa singularité, qu'eux ou elles transforment en "l'ami", "l'amant", "le fils prodigue". Il peut enfin vivre son potentiel, ses forces antagonistes, agir ou souffrir, danser ou, désespéré, retourner sur le pont de Brighton Beach pour se jeter de nouveau.

Mais la différence a agi, les devenirs en ont fini avec la permanence d'un supposé Etre, d'une essence qui ne peut engendrer que des sentiments, un sentir virtuel, d'un fantôme qui l'habitait. La différence apparaît quand le même se présente à nouveau. Différence dans la répétition, Le même n'est plus le même sinon une sensibilité chargée du goût de l'espoir qui fait que, ce qui est en soi se trouve dépassé par le futur et du goût de la retenue qui le fait dépasser le passé: un simulacre.
Memento






Notes

[1] Quand des pensées qui sont normalement causes d'émotions, surgissent et produisent de nouvelles émotions, celles-ci vont créer des sentiments, et ceux-ci évoquer à leur tour d'autres pensées thématiquement associées, qui amplifient l'état émotionnel. Les pensées évoquées peuvent agir de plus comme amorces indépendantes d'émotions additionnelles et ainsi augmenter l'état affectif présent. D'avantage d'émotions donnent naissance à d'avantage de sentiments jusqu'à ce que la distraction ou la raison y mettent fin. Lorsque l'ensemble de ces phénomènes sont en plein mouvement, il est difficile de dire introspectivement lequel a été initiateur (A.Damasio).

[2] Héraclite a complété la notion de Etre de ses prédécesseurs par le concept de "Devenir" ou "Flux" qu'il considérait comme la réalité sous-jacente à toutes les choses, jusqu'aux plus stables en apparence. Pour illustrer ce concept, il affirmait, par exemple, qu'une personne ne pouvait se baigner deux fois dans le même fleuve.

TABOUS

Les tabous survolent les mythes et les symboles. Tabous ancestraux liés aux traditions archaïques ou à la morale religieuse, avec la connotation de l’inquiétant, l’impur, ne pas toucher, ne pas nommer[1]. Et aussi les  interdits circonstanciels, associés aux fragmentations du tissu social que génèrent les idéologies d'une époque. Tous permettent de dénoncer, interdire, marginaliser, justifiant ainsi la barbarie: c’est la métaphore du corps social infecté, du germe qu'il faut détruire si bien dénoncé par Lang dans " M ".

Salo-Pasolini

DOSSIER TABOUS
Pika-don: Lumière et Bruit
Affrontement des corps
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Dogme




[1] « Ne pas toucher » ou Tabou :  Mot d’origine polynésienne, illustré par le film de Murnau où la jeune Reri, après la mort d’un chef religieux, est déclarée tabou, c’est-à-dire religieusement sacrée, intouchable, dont la virginité représente le symbole protecteur de toute la communauté.

LES RÈGLES DU JEU


Actualisé le 15.09.11
La globalisation, ou mondialisation, a été présentée comme la seule voie possible pour éradiquer la pauvreté, pour la répartition des richesses ou même pour obtenir le Bonheur sur Terre. Aujourd’hui, les conséquences de cette globalisation apparaissent avec une telle clarté qu’elles n’échappent à personne. Il y a un sentiment assez étendu d’une domination par un système impérial, un grand marché financier qui impose sa loi à la politique et à l’économie mondiales.

Ce dossier est l’essai d’une approche à la souveraineté des Etats, au concept de leadership,  aux relations entre Etat et Marché. Nous indiquons quelques pistes possibles quant à l’action citoyenne. Le dossier a été élaboré dès la naissance du Blog memento en espagnol en Janvier 2010, en pleine crise, financière et économique, internationale et repris dans ce Blog Prétextes  né du précédent. Son élaboration est en fait un spersa colligo, c’est-à-dire la réunion (colligo) avec une volonté de cohérence, d’informations dispersées (spersa) dans des revues, articles, blogs spécialisés.


DOSSIER: LES RÈGLES DU JEU
Keynes et la conférence de Bretton Woods(1944)
La locomotive keynesienne des USA:
Les 30 glorieuses-Nixon et l'étalon-or
Le néolibéralisme: G8 et consensus de Washington
Le sommet de Washington (2008)
G20 et régulation du système financier
Leadership
Etats voyous et concept de souveraineté
Shaping the world
Après le 11 Septembre
Que dit le pape?
Aristocratie financière:
Hégémonie du dollar-Banques centrales...
Démocratie d'entreprises
Alliance pour une démocratie dirigée:
démobilisation de la citoyenneté-totalitarisme inversé
Industrie culturelle
Les lobbies
Apathie collective dans la société du spectacle
Face à la globalisation
Activisme et antiglobalisation
Microcrédits
Réseaux
Universalité: fascination et répulsion
Rappel sur les contradictions d'un système
L'ignorance à l'origine de l'industrie financière
Mutation technologique
Mobilisation citoyenne-Revenu existence
La question de la singularité
Moins est Plus
Surmonter l'obstacle de l'ignorance-Le comitè invisible

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Une fissure dans le système

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Keynes et le keynesianisme
G20
Jacques Derrida: Etats voyous

Accompagnement: un manifeste

Ce manifeste me conduit à traiter dans des libellés particuliers les thèmes relatifs à la relation à soi (Imagination…), à la relation de l’individu avec le corps social, et particulièrement entre Etats et Marchés (LES RÈGLES DU JEU…), et aussi entre l’individu et son environnement naturel.

La globalisation a été présentée aux citoyens du monde (ou du moins à ceux qui avaient accès à une telle information) comme la seule voie possible vers l'éradication de la pauvreté, la répartition des richesses ou encore le bonheur sur terre. Aujourd'hui, les conséquences de cette globalisation se font jour avec une acuité qui n'échappe cette fois a aucun citoyen. Ce dernier a le sentiment d'être dominé par un système impérial, un grand marché financier qui impose sa loi à la politique et à l'économie. Etendant son empire à l'échelle du globe, il reste abstrait, opaque, lointain, et ses pouvoirs semblent de plus en plus concentres. Mais ses effets sur les sociétés sont énormes: attaque des dettes souveraines des Etats, obligation pour ceux-ci d'opérer une régression quant aux droits acquis après des décennies de lutte dans le monde ouvrier, délocalisation entraînant chômage et précarité, migrations forcées amplifiées par une crise environnementale…

Il est certain que le citoyen se doit de comprendre, scruter et savoir critiquer le fonctionnement d'un tel système et je m'efforce pour ma part de m'y engager. Mais tant les causes comme les conséquences de cet ordre impérial attestent d'une réalité qu'il convient de rappeler:


-d'une part l'individu, dans sa nécessité de compréhension et de développement d'un esprit critique, éprouve des difficultés pour commencer par lui-même, apprendre à s'accompagner quant aux variations de ses états émotionnels, prendre soin d'un corps soumis à des contraintes sociales et affectives dans un espace-temps qu'il maîtrise de moins en moins.

-d'autre part, les sociétés, et les individus qui les composent, sont de plus en plus liées les unes aux autres ce qui rend plus complexe toute approche pour imaginer une métamorphose à une échelle planétaire sur le long terme. Cette incapacité de la citoyenneté profite essentiellement aux logiques financières sur le court terme et elle ne semble pouvoir être surmontée que par un effort d'accompagnement des différents mouvements individuels ou sociaux qui ne cessent de se présenter à chacun de nous.

Puisque nous en sommes là, il me semble urgent de redéfinir une éthique qui relève d'une compréhension, une scrutation de la réalité, humaine et planétaire, sous son double aspect d'interdépendance des choses et des êtres et de leur vulnérabilité.
Il existe dans le concept d'accompagnement que j'ai cité volontairement ci-dessus, une éthique appropriée à l'individu (un mental qui accompagne son corps), à la société (accompagner l'autre ou les groupes), à la nature et l'environnement (savoir accompagner les changements...). Je pense qu'une telle éthique de l'accompagnement doit se développer au-delà bien entendu du souci des autres et du comportement humaniste ou de tout autre "isme". Il doit toucher toutes les formes possibles de pouvoir, et tous les modes d'action citoyenne. Je tenterais de faire une recherche dans ce sens et de développer ces points dans ce Blog prétextes.

Café des nattes-Tunisie



IMAGINATION

Mise à jour le
Dans l’espace-temps, l’humain est cette dimension évoquée par Edward Bond lorsqu’il dit que l’imagination a la force du réel et  qu’elle a crée notre humanité comme cinquième dimension, dans laquelle nous naissons sans connaissance des quatre autres.
Essayer de comprendre de quelle façon nos neurones produisent tant de choses qui nous font imaginer, rêver, penser etc...revient, en fait, à nous interroger sur notre nature et sur les fondements de notre "humanité" ou... "inhumanité".

DOSSIER: IMAGINATION
«Tout est possible. Le temps et l'espace n'existent pas. Sur une faible trame de réalités, l'imagination tisse et modèle de nouvelles formes» (Dernière phrase de Fanny et Alexander de Ingmar Bergman extraite de « Ert drömspel, Le Songe » de August Strindberg)


Singularité et fond préindividuel
Quand ils font de moi une singularité
De ma libido à mon narcissisme
Emotions et observations
Une promenade entre mes émotions et mon mental
Quand on me dit que je deviens sujet
Quand on m'annonce que j'appartiens à un temps virtuel
Le chat est-il conscient de l'affection que je lui porte?
Cartes neurales: des émotions aux sentiments
Objets émotionnels et cartes neurales
De l'état émotionnel à l'état mental
La représentation
Appréhension et schématisation
La fracture: réalité et représentation
Trauma, traumatisme et conditionnement
Du chasseur du paléolithique à l'enfant du XXI ème siècle
Développement de l'imagination
Imagination, raison, mémoire: se construisent-elles en parallèle
L'émotivité est-elle le fondement de l'imagination et la fantaisie?
La fable
L'imagination crée-t-elle le sens?
Sens et finalités
Espaces-temps d'entrée et combinatoires
Finalités de la pensée rationnelle

Entrées associées
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Liens
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Toni Negri: l'anomalie sauvage
Simondon: l'individuation