Pâtisseries

Nous poursuivons ici la copie des recettes du cahier de Lola reprises dans le dossier LES DÉLICES DE LOLA
Petits fours à la noix de coco

500 g de farine de noix de coco. 220 g de sucre. Bien battre dans le mélange 2 jaunes d'œufs et 2 pincées de sucre vanille. Mélanger en dernier avec les 2 blancs d'œufs battus en neige et ½ cuill à café de levure de façon à obtenir une pâte assez ferme. Former des petites boules que l'on pince avec les doigts. Bien faire chauffer le four à 200 degrés puis le baisser à 160º dans un plateau couvert de papier sulfureux poser les boules. Au lieu de la noix de coco on peut utiliser de la farine d'amandes.


Macarons moelleux

125 g d'amandes en poudre.-250 g de sucre glace- 4 œufs- vanille-

Casser 2 œufs et séparer les blancs- Mélanger les amandes, le sucre, la vanille et les 2 blancs- Casser les 2 derniers œufs- Séparer les blancs et les battre en neige- Incorporer délicatement au mélange précédent. Mettre cette pâte dans une poche munie d'une douille. La plaque est préalablement réchauffée au four dont la porte est entrebâillée pendant 10 mn. Puis sur la plaque mouillée former les macarons avec la poche. Surveiller la cuisson.





Macarons à la noix de coco

125 g de sucre- 100 g de noix de coco- 1 cuill à soupe de crème fraîche- 1 pincée de sel-
Mélanger le tout, battre des blancs en neige et les mélanger délicatement- Mettre la p`te dans une poche munie d'une douille- Sur une feuille de papier sulfurisé, placer les macarons assez espacés, saupoudrer de sucre glace et les laisser reposer quelques minutes sur la plaque mouillée avant de mettre au four.


Macarons (autre recette pour 12 personnes)

1 blanc d’œuf : le « dégourdir » (avec une pincée de sel) puis rajouter la poudre suivante
Poudre : 125 gr amandes + 1 paquet vanille + 120 gr sucre poudre
Bien mélanger et former une petite boule avec spatule
Former les macarons avec les mains mouillées à l’eau froide de temps en temps et placer un morceau d’amande effilée sur chacun.
Four à 180° préchauffé, plateau au milieu pendant 10 mn (bien surveiller la cuisson).


Gâteau à l'orange

Faire une pâte à brioche: 10 g de levure-1/2 verre de lait tiède.-2 cuill de farine ou 150 g- 50 g de sucre- 2 œufs- Travailler 10 mn à la main ajoutant 125 g de beurre ramolli dans la pâte qui a levé- Beurrer le moule et verser- couvrir et laisser monter-

Préparer une crème que l'on mettra au milieu du gâteau refroidi: jus de 2 oranges- 1 pincée de zeste- faire cuire à feu doux avec 100 g de sucre et 2 œufs jus1u'à épaississement- On passe au tamis et l'on incorpore 30 g de beurre et 3 cuill de liqueur. On laisse refroidir avant de placer au milieu du gâteau. Le dessus est badigeonné de gelée d'orange- On peut garnir d'oranges confites.



Madeleines

125 g de sucre en poudre dans une terrine- 1 jus de citron- 4 œufs- - 100 g de beurre- Râper le zeste de citron- ajouter le sucre et 3 œufs, casser le quatrième en séparant le blanc des jaunes- Rajouter 125 g de farine dans la terrine et travailler bien la pâte qui doit être bien lisse. On rajoute le beurre fondu, bien mélanger. Beurrer les moules-Avec si peu d'informations, que ferait Proust?



Cake aux raisins
Le moule doit être haut de 25 cm
-Préparer 175 g de beurre à ramollir- 150 g de sucre- 1 sachet de sucre vanillé-

-Battre le tout longtemps jusqu'à obtenir une mousse blanche.
On rajoute 4 œufs l'un après l'autre avec un intervalle de 5 mn entre chacun tout en battant-

-Préparer d'autre part 300 g de farine et 50 g d'amandes en poudre (ou seulement 350 g de farine) + 1 sachet de levure homogénéisée à la farine. Rajouter lentement et on bat le tout faiblement comme s'il s'agissait de monter des blancs en neige.

-Raisins secs: 150 g gonflés à l'eau chaude puis égoutter- Gonfler au rhum et égoutter en gardant le rhum qui sera rajouté à la pâte avant cuisson-

-Ajouter les raisins à la pâte en mélangeant le tout comme des blancs en neige et lentement.

-Beurrer le moule. Faire tomber la pâte lentement sans y toucher puis secouer le moule faiblement. Laisser reposer ½ h au frais pour que les raisins restent à leur place grâce au refroidissement du beurre.

-Four à 150º-Réchauffer 10mn puis placer le moule dans le tiers inférieur du four.

-Cuire 20 mn. Quand la pâte a levé à ras du moule, augmenter la température à 190º pendant ½ h. Sortir du four et démouler de suite.

-Glacage: 2 cuill de confiture d'abricots + 1 cuill d'eau- bouillir- puis passer à la passoire. Badigeonner le cake


Boules Russes

Pâte: 250 g de farine-10 g levure de bière- 10 cl de lait- 3 cuill à soupe de sucre- 1 pincée de sel- 3 œufs- 125 g beurre- 1 cuill à soupe de rhum-

Garniture: 1 pot de confiture d'abricots

Verser quelques cuill de farine en mettant au centre la levure délayée dans le lait tiède. Former une petite boule molette. Ajouter le sucre, le sel et les œufs puis pétrir avec le reste de farine et joindre le beurre ramolli en parcelles et bien travailler la pâte- Laisser-la monter- Abaisser au rouleau sur une épaisseur de 1 cm et découper des disques. Sur la moitié des disques déposer une noix de confiture et recouvrir avec l'autre moitié- oindre de blanc d'œufs. Laisser reposer encore ½ heure. Puis faire frire et saupoudrer de sucre.

Ariel de André Maurois


Etats: mélancolie, calme, préjugés, liberté


L'eau courante a, comme la musique, le doux pouvoir de transformer la tristesse en mélancolie. Les préjugés endurcissent les cœurs. Je reste calme et comme un phare qui domine la mer agitée, je souris de voir à mes pieds les assauts inutiles des vagues.Les vagues rêveries du demi-sommeil Les petites vagues de la vie mordaient, perfides et nonchalantes, cette rocheuse volonté. En brisant les liens traditionnels, on délivre dans les hommes des forces inconnues qui agissent alors sans qu'on puisse prévoir les redoutables conséquences…La liberté n'est bonne que pour ceux qui sont forts, pour ceux qui sont dignes.

Art – création – beauté


La beauté, forme naturelle de l'ordre, est conservatrice par essence…Vénus a toujours été le meilleur agent de Jupiter. Comme tous les artistes, Byron et Shelley ne créaient que pour se consoler de ne pouvoir vivre. Les premiers mouvements du désir communiquent toujours aux idées le charme naturel et puissant des caresses.

Relations. Mariage et religion


Le mariage: je me sens écoeuré quand je pense à cette chaîne affreuse, la plus lourde que les hommes aient forgée pour attacher les âmes un peu fières. Le scepticisme et l'amour libre sont aussi associés que la religion et le mariage.
L'athée: un diable peint pour effrayer les imbéciles.

Amour

L'amour préexistant cherche dans le monde son objet et le crée s'il ne le trouve pas. Il ne suffisait pas d'être sincère, d'avoir des sentiments honnêtes. On pouvait faire autant de mal par manque de divination que par méchanceté.


Le plus grand charme de la culture littéraire c'est qu'elle humanise l'amour. Catulle, Théocrite, Pétrarque s'unissaient pour rendre leurs baisers plus exquis.

«L'amour vrai diffère en ceci de l'or et de l'argile que le diviser ne le diminue point. L'amour est, comme l'intelligence, plus vive si elle contemple plus de vérités. Etroit le cœur qui n'aime, l'esprit qui ne contemple qu'un objet»... «Je crois que l'on est toujours amoureux d'une chose ou d'une autre; l'erreur, -et je crois qu'elle n'est pas facile à éviter pour un esprit en chair et en os-, consiste à chercher dans une enveloppe mortelle l'image de ce qui, peut-être, est éternel». Shelley

L'autre - le monde- L'affection


Il éprouvait un besoins confus et fort d'écarter de lui les redoutables groupes humains aux réactions imprévisibles, aux terribles mouvements de passion, La transformation du monde réel lui paraissait si décevante qu'il ne pouvait plus satisfaire ses amours et ses haines que dans un univers malléable et docile.

«Le monde est une botte de foin, les hommes sont des ânes qui se la disputent». Byron

...Le mélange de l'admiration et de la pitié est une des plus sûres recettes de l'affection; l'homme aime plus volontiers ce qu'il peut plaindre que ce qu'il peut envier...

Espoir et désespoir

L'espoir et le désespoir ne sont-ils pas toujours présents lorsque naît l'amour? L'espoir est trompeur car il embellit l'objet désiré. Ainsi le conte Madame de Villedieu…


Le bonheur des amants est tout dans l'espérance.
Ce que de loin les ébloui,
Perd de près son éclat et sa fausse apparence
Et tel mettoit un plus haut prix
A la félicité si long-termes désirée
Qui la trouve à son gré plus digne de mépris
Quand avec son espoir il l'a bien comparée.

Une fissure dans le système

La crise est une transformation accompagnée de tension, souffrance, douleur. Si la transformation ne s'opère pas, la crise cède la place à la catastrophe. Afin d'alimenter le débat sur la crise économique en cours, il me semble intéressant de revenir sur le texte de André Gorz publié en Septembre 2007 intitulé "La sortie du capitalisme a déjà commencé", que nous citions dans le dossier LES RÈGLES DU JEU. Ce philosophe a dressé dans les années 2006-2007 un diagnostic précis et lucide des impasses du capitalisme financier qui anticipait la crise actuelle. Gorz a très vite compris que "l’informatique, l’immatérialité des connaissances donnait l’essor à une intelligence collective qui échappe à la logique capitaliste du profit et de la croissance indéfinie" [1]. Mais il pose avant tout la question essentielle: que désirons-nous faire de et dans notre vie?



1- L'entreprise rentière: les actionnaires


1.1- Pouvoir du capitalisme

Le capitalisme s'est assuré progressivement le monopole des moyens de production et a su développer les chaînes de consommation, publicité à l'appui «En spécialisant, divisant et mécanisant le travail dans de grandes installations, il a fait des travailleurs les appendices des mégamachines du capital». Des mégamachines dont tous sont les serviteurs et qui nous dictent les fins à poursuivre et la vie à mener.

« En éliminant le pouvoir [des citoyens] sur la nature et la destination des produits, il a assuré au capital le quasi-monopole de l’offre, donc le pouvoir de privilégier dans tous les domaines les productions et les consommations les plus rentables, ainsi que le pouvoir de façonner les goûts et désirs des consommateurs, la manière dont ils allaient satisfaire leurs besoins».

1.2- La course à la productivité

Cependant, pour une production donnée, la quantité de travail humain diminue fortement lorsque l'informatisation et la robotisation entrent en jeu dans cette production. Une fois amortis les investissements sur la technologie, la baisse du coût de travail entraîne une baisse du prix du produit. Si l'entreprise veut maintenir son volume de profit, elle doit augmenter la productivité du travailleur, c'est-à-dire la valeur produite par ce travailleur. Dans un contexte de technologie avancée actuelle, la recherche évidente d'augmentation de la productivité fait «qu'il faut qu’elle augmente encore pour éviter que le volume de profit ne diminue. La course à la productivité tend ainsi à s’accélérer, les effectifs employés à être réduits, la pression sur les personnels à se durcir, le niveau et la masse des salaires à diminuer. Le système évolue vers une limite interne où la production et l’investissement dans la production cessent d’être assez rentables».

1.3- La rente

Pour éviter une baisse du prix du produit, l'artifice consiste à le soustraire aux lois du marché, c'est-à-dire de lui donner une valeur "immatérielle non mesurable" qui dépasse sa valeur d'usage, son utilité dans le quotidien: La qualité immatérielle c'est «le style, la nouveauté le prestige de la marque, le rareté ou "exclusivité"… «Les qualités immatérielles incomparables procurent à la firme productrice l’équivalent d’un monopole et la possibilité de s’assurer une rente de nouveauté, de rareté, d’exclusivité».

Or cette rente n’est pas de même nature que le bénéfice occasionné par la valeur du travail. Une entreprise crée de la valeur au sens économique dans la mesure où elle produit une marchandise vendable avec du travail. La rémunération de ce travail s'opère lorsque l'entreprise met en circulation (crée, distribue,) du pouvoir d’achat. Si son activité n’augmente pas la quantité d’argent en circulation elle ne crée pas de valeur. Si son activité détruit de l’emploi, elle détruit de la valeur.

La baisse des coûts de production, due à la robotisation et l'informatique, entraîne pour les produits en tant que marchandises une diminution réelle de la valeur au sens économique que cette rente compense, parfois très largement. «La part de la rente dans le prix d’une marchandise peut être dix, vingt ou cinquante fois plus grand que son coût de revient, et cela ne vaut pas seulement pour les articles de luxe ; cela vaut aussi bien pour des articles d’usage courant comme les baskets, T-shirts, portables, disques, jeans… ».

Le sort de la rente est la redistribution au profit des actionnaires, des entreprises rentières, donc au dépend des forces du travail. «La rente de monopole consomme de la valeur crée par ailleurs et se l’approprie».



2- L'industrie financière

2.1- Le but est l'accroissement de la rente

André Gorz explique le développement de l'industrie financière, cause principale de la crise économique par cet accroissement de la rente qui devient, plus que le profit, le but principal de l'entreprise, ce qui conduit l'entreprise « à inventer continuellement des besoins et des désirs nouveaux, à conférer aux marchandises une valeur symbolique, sociale, érotique, à diffuser une "culture de la consommation" qui mise sur l’individualisation, la singularisation, la rivalité, la jalousie, bref sur ce que j’ai appelé ailleurs la socialisation antisociale ».

L'accumulation des capitaux qui caractérise l'entreprise rentière permet d'en conserver une partie sous forme de capital financier: «La production n’étant plus capable de valoriser l’ensemble des capitaux accumulés, une partie croissante de ceux-ci conserve la forme de capital financier. Une industrie financière se constitue qui ne cesse d’affiner l’art de faire de l’argent en n’achetant et ne vendant rien d’autre que diverses formes d’argent. L’argent lui-même est la seule marchandise que l’industrie financière produit par des opérations de plus en plus hasardeuses et de moins en moins maîtrisables sur les marchés financiers».

La masse de capital gérée par cette industrie financière représente trois à quatre fois le PIB mondial. La "valeur" de ce capital est en réalité fictive. Les investisseurs rentiers anticipent en fait une croissance future, la hausse future de l'immobilier, les gains que pourront dégager les restructurations, fusions, concentrations, etc. Anticipation ou endettement… nous connaissons les conséquences lorsque la confiance vient à disparaître.
 
2.2- Le mirage de la croissance

Lorsque les politiques insistent sur "la croissance économique" ils oublient de mentionner que cette croissance est «fondée sur l’endettement intérieur et extérieur, est de loin le moteur principal de la croissance mondiale (y compris de la croissance chinoise). L’économie réelle devient un appendice des bulles spéculatives entretenues par l’industrie financière. Jusqu’au moment, inévitable, où les bulles éclatent, entraînent les banques dans des faillites en chaîne, menaçant le système mondial de crédit d’effondrement, l’économie réelle d’une dépression sévère et prolongée (la dépression japonaise dure depuis bientôt quinze ans)».

Pour André Gorz, le problème n'est pas tant le manque de régulation du système financier ou la présence de fonds spéculatifs ou de paradis fiscaux: «la menace de dépression, voire d’effondrement qui pèse sur l’économie mondiale n’est pas due au manque de contrôle ; elle est due à l’incapacité du capitalisme de se reproduire. Il ne se perpétue et ne fonctionne que sur des bases fictives de plus en plus précaires». Si l'on fiscalise les plus-values fictives des bulles spéculatives dans le cadre d'une redistribution des richesses, l'on risque la dévalorisation de masses énormes d'actifs financiers et la chute du système bancaire. Par ailleurs, il est urgent de prendre en compte qu' «il est impossible d’éviter une catastrophe climatique sans rompre radicalement avec les méthodes et la logique économique qui y mènent depuis 150 ans».



3- La fissure: le bien commun

«La crise du système … s’explique principalement par un bouleversement technoscientifique qui introduit une rupture dans le développement du capitalisme et ruine, par ses répercussions la base de son pouvoir et sa capacité de se reproduire…C’est ce pouvoir que la révolution informationnelle commence à fissurer».

Nous avons besoin de trouver la voie de l’autonomie dans la définition de nos besoins et de leur mode de satisfaction … «De toute évidence, la rupture avec la tendance au « produire plus, consommer plus » et la redéfinition autonome d’un modèle de vie visant à faire plus et mieux avec moins, suppose la rupture avec une civilisation où on ne produit rien de ce qu’on consomme et ne consomme rien de ce qu’on produit. L’obstacle que le capitalisme a dressé sur la voie de cette autonomie, c'est la nature même des moyens de production que Gorz appelle la mégamachine. Nous nous devons de nous libérer «de l’emprise qu’exerce le capital sur la consommation et de son monopole des moyens de production».

A cette fin, «une lutte est nécessaire contre la marchandisation de richesses premières - la terre, les semences, le génome, les biens culturels, les savoirs et compétences communs, constitutifs de la culture du quotidien et qui sont les préalables de l’existence d’une société. De la tournure que prendra cette lutte dépend la forme civilisée ou barbare que prendra la sortie du capitalisme».

Dans un premier temps, il importe «que la principale force productive et la principale source de rentes tombent progressivement dans le domaine public et tendent vers la gratuité ; que la propriété privée des moyens de production et donc le monopole de l’offre deviennent progressivement impossibles ; que par conséquent l’emprise du capital sur la consommation se relâche et que celle-ci peut tendre à s’émanciper de l’offre marchande».

Il convient de contrôler la "société de la connaissance" avec l'objectif d'en faire «une richesse ayant vocation d’être un bien commun, et les brevets et copyrights censés le privatiser n’y changent rien ; l’aire de la gratuité s’étend irrésistiblement. L’informatique et Internet minent le règne de la marchandise à sa base. Tout ce qui est traduisible en langage numérique et reproductible, communicable sans frais, tend irrésistiblement à devenir un bien commun, voire un bien commun universel quand il est accessible à tous et utilisable par tous» [2]. Claudio Prado, qui a dirigé le département de la culture numérique au ministère de la Culture du Brésil, disait récemment [3]: « L’emploi est une espèce en voie d’extinction… Nous comptons sauter cette phase merdique du 20è siècle pour passer directement du 19è au 21è siècle ». L’autoproduction des ordinateurs par exemple a été officiellement soutenue : il s’agit de favoriser « l’appropriation des technologies par les usagers dans un but de transformation sociale ». La prochaine étape serait logiquement l’autoproduction de moyens de production. Si le prolétariat devient un concept du passé dans les pays où le capital a su manipuler l'écosystème et développer des techniques sophistiquées, conquérir l'immatériel, l'appropriation et la transformation de ce capital au service des libertés individuelles reste, au-delà de tout sentimentalisme, le projet civilisé face à la barbarie que prépare la fin du capitalisme.


Notas
[1]  Hommage  de Michel Contat (du Groupe d'Etudes Sartriennes) à Gorz dans un article du Nouvel Observateur
[2]  Une voie s'est ébauchée, qui «mène à l’extinction du marché et du salariat par l’essor de l’autoproduction, de la mise en commun et de la gratuité. On trouve les explorateurs et éclaireurs de cette voie dans le mouvement des logiciels libres, du réseau libre, de la culture libre avec la licence CC (creative commons)» par exemple.
[3] André Gorz à ce sujet: Il est probable que ce seront des Sud-américains ou des Sud-africains qui, les premiers, recréeront dans les banlieues déshéritées des villes européennes les ateliers d’autoproduction de leur favela ou de leur township d’origine.

Liens
André Gorz dans EcoRev
André Gorz dans Wikipedia



Quelques plats... et pâtes á pétrir

Jambon en charlotte


Une béchamel très épaisse avec 60 g de fromage rapé, 200 g de jambon haché et 2 œufs entiers- cuisson 25 mn. On incorpore peu à peu le fromage et le jambon dans la béchamel ainsi que les jaunes d'œufs. Les blancs sont battus en neige et incorporés lentement et le tout est cuit au bain marie. Ensuite on passe au four.


Ramequins au fromage

¼ litre de lait- 3 cuill à soupe de farine- 125 g de gruyère râpé- 1 pincée de sel- 3 œufs- beurre- Faire bouillir le lait- jeter vivement la farine, gruyère et sel. Bien mélanger et laisser refroidir. Ajouter les jaunes d'œufs puis le blanc en neige- Verser dans des ramequins individuels enduits de beurre- four modéré


Quenelles au fromage

200 g de fromage blanc. -1 œuf- 125 g de panade de farine- 15 g de beurre- 40 g de farine- eau et pincée de sel-



Biscuit roulé au thon

100 g de farine- 1 pincée de sel- ¼ DE cuill à café de levure- 1 jaune d'œuf et 50 g de beurre. Pétrir- Etaler à la main et recouvrir d'un peu de béchamel additionné de 200 g de thon à l'huile et 75 g de gruyère râpé. Rouler et envelopper dans un papier spécial et cuire pendant 25mn à four chaud.

PATES A PETRIR


Pâte à brioche
500 g de farine tamisée- 300g beurre- 10 g levure- 10 g sel- 4 œufs – eau tiède
Laisser la pâte lever pendant 4 h après l'avoir pliée 4 fois pour la feuilleter
La placer dans un endroit frais à fin qu'elle se raffermisse- Remplir les moules 2h plus tard

Pâte brisée
500 g farine- 200g beurre- 10 g sel- 1 verre d'eau froide-


Pâte à choux
½ litre d'eau- 200g de beurre- 1 pincée de sel- 1 cuill à soupe sucre- 250 g farine tamisée- 4 œufs-

Pâte Feuilletée
500 g farine ou 1 verre ½ et la même quantité de beurre. -1 cuill à café de sel- Monter la pâte et faire 6 plis-


Pâte à frire
200 g farine- 2 jaunes d'œufs- 1 pincée de sel- poivre- 1 cuill à soupe d'huile -3 ou4 dl d'eau- incorporer 2 blancs en neige- En remplacement des œufs, on peut mettre de la bière avec les blancs en neige.



Pâte pour tarte aux fruits
125 g beurre- 250 g farine- 1 œuf- pincée de sel

Arendt et la liberté

Cette page appartient au Dossier HANNAH ARENDT, Domination et Liberté

La compréhension n'a pas de fin, elle ne peut donner de résultats définitifs. Elle est plutôt le mode spécifiquement humain de vivre, puisque chaque individu a besoin de se réconcilier avec le monde où il est né et au sein duquel il demeure toujours étranger à cause de son irréductible unicité



Imagination, compréhension et liberté

Dans le Dossier IMAGINATION , faisant référence à la page IV à Jean-Paul Sartre, nous signalons que le pouvoir que l'imagination exerce sur les choses au-delà de la réalité, représente notre capacité de transcender le monde tel qu'il se présente, donc notre liberté.

Dans l'œuvre de Hannah Arendt, la liberté se situe au cœur de la polis. Elle se présente comme la direction vers l'inconnu. Chaque individu a le pouvoir de l'action politique, peut s'exprimer dans l'initiative, dans ce qui n'existait pas encore, dans l'exceptionnel. Nous sommes loin de "l'Etat d'exception" de Carl Schmitt (voir Arendt et la domination). Il s'agit ici de l’exception de la créativité de chaque singularité.

Mais l'action politique exige de l'individu sa compréhension «un processus compliqué qui ne produit jamais de résultats manifestes. C'est une activité sans fin… par laquelle nous acceptons la réalité, nous nous réconcilions avec elle, c'est-à-dire que nous essayons d'être en harmonie avec le monde».

Arendt parle d'un "mental ouvert", une "mentalité étendue", de la capacité à différencier plus qu'à ordonner ou intégrer. C'est l'imagination, cette représentation de la réalité, qui aiguise le discernement. Elle fait en sorte que «la densité particulière qui enveloppe tout ce qui est réel», ne rende opaque la pensée. C'est l'imagination qui nous permet de nous mettre «à la place de l'autre», ce que Arendt décrit ainsi: «l'imagination s'entraîne pour aller rendre visite». Tout un programme! C'est là une proposition sur l'approche du mental qui fait de l'imagination un synonyme de la compréhension.

Quand il s'agit d'action politique, Arendt insiste sur une compréhension qui prenne en compte le poids de l'histoire:

«La compréhension signifie examiner et supporter constamment le poids que notre siècle a placé sur nos épaules… La compréhension, en somme, signifie un affrontement attentif et non prémédité avec la réalité, supporter celle-ci quelle qu'elle soit».

Il y a quelque chose d'implicite dans la compréhension, une pré-connaissance, une compréhension préliminaire qui, par exemple, dénonce le totalitarisme et présuppose que la lutte politique de l'humain est une recherche exclusive de la liberté.



L'espace public

«Les hommes vivaient ensemble, portés par leurs nécessités et leurs exigences. Cette force qui les unissait était la vie même…qui, pour leur maintien individuel et la survie de l'espèce, nécessite la compagnie des autres…Ainsi, la communauté naturelle de la famille naquit de la nécessité… La sphère de la polis, au contraire, était celle de la liberté et il existait une relation entre ces deux sphères, puisqu'il était logique que le domaine des nécessités vitales dans la famille fusse la condition pour la liberté de la polis» (voir Arendt et la domination dans ce Dossier).

Pour Arendt, l'action est donc un commencement marqué par l'initiative, agir c'est initier. Elle nait, apparaît aux yeux des autres (voir dans ce Blog: "Multitudes" de Paolo Virno). Chaque individu dans l'action politique participe de ce VIVRE ENSEMBLE avec sa singularité, son héritage. Il crée, introduit l'inconnu dans le connu, interfère dans la chaîne des évènements.

L'action politique est, pour Arendt, synonyme de natalité, la politique naît dans l'espace public qui se crée entre l'individu, avec toute la puissance de son initiative, et les autres, lesquels reconnaissent et saluent l'initiative.

«C'est l'intersubjectivité du monde qui assure notre appartenance à la même espèce».



Surmonter les préjugés

Mais, attention!... nous dit Hannah Arendt, la politique se dissout dans le politique, celui des partis. Nous devons nous interroger: «Comment donner à l'action politique un espace où elle puisse se déplier et la faire croître sans cesse entre les subjectivités apathiques ou résistantes?». Dans cette question, l'Etat est désigné implicitement comme le garante de la paix, mais ne peut être la source d'une vie politique authentique. Car il n'est pas question de nous libérer du pouvoir politique. S'il ne reste rien à la place du pouvoir, cela signifie le despotisme le plus redoutable puisque, dans ce cas selon Arendt, «il n'y a personne qui puisse parler avec ce Rien, ni protester face à lui».

Cependant, dans toutes les démocraties, les préjugés envers le système politique sont forts compte tenu avant tout des «moyens belliqueux dont il dispose», lesquels font craindre la possibilité de la disparition de l'humanité. Mais Arendt prévient aussi: il y a, en contrepartie, «l'espoir que la raison l'emportera dans l'Humanité, laquelle saura se défaire de la politique plutôt que d'elle-même –grâce à un gouvernement mondial qui dissolve l'Etat dans une machine administrative capable de résoudre les conflits politiques bureaucratiquement et de substituer les armées par des corps policiers». De nos jours, la tendance est de donner aux armées des fonctions humanitaires, avec droit d'ingérence que les masses peuvent applaudir plus facilement.


Pour Arendt, le point essentiel, quant aux préjugés sur le politique, porte sur la confusion que nous faisons lorsque nous parlons de la politique. On définit généralement ainsi les relations entre dominants et dominés, entre "élites" et citoyens. Avec cette perspective, «au lieu d'une abolition du politique, nous obtiendrons une forme despotique de domination amplifiée jusqu'au monstrueux, dans laquelle l'abîme entre dominants et dominés prendrait une proportion si gigantesque que même les rebellions seraient impossible, et encore moins que les dominés puissent contrôler en aucune façon les dominants».

Elle rajoute: «Cependant, si nous entendons par politique un espace publique dans lequel les humains sont fondamentalement actifs et persistants quant à la résolution des problèmes de l'humanité, ce qui d'ailleurs ne pourrait se faire autrement, alors l'espoir ne serait pas si utopique».

Cette persistance, cette durabilité qui se superpose aux devenirs du mouvement de la vie doivent «transcender la simple fonction des biens de consommation et l'utilité des objets courants». Il s'agit donc de situer l'action politique dans une sphère plus large que le confort matériel.

Bien sûr, les démocraties de masses vivent l'indignation, l'impuissance… ou l'oubli lorsqu'il s'agit du vote politique, le désir de consommation et de croissance quand il s'agit de l'économie, l'ignorance face aux mécanismes financiers, l'apathie ou les préjugés quand il s'agit de l'action politique.

Au lieu de constater l'abîme qu'il y a entre les idées et la réalité, nous pouvons apprendre de cette crise à voir que, derrière des mécanismes apparemment complexes que nous présentent les médias, il y a des mots simples qui demandent que nous y réfléchissions.

La bourde d'Angela

Elle porte un nom qui rime avec le miel, un prénom céleste, et l'union des deux laisse espérer l'artiste Merkelángela, ce son méditerranéen, si renaissance!…mais les enchantements du Sud ne font pas succomber Angela Merkel. Cela est une autre histoire…

Aujourd'hui, Angela attire l'attention avec cette phrase si représentative de ces politiques que nous subissons et que les journalistes (dans ce cas Der Zeit et Le Monde relaient sans commentaires:



«Je ne m'attendais pas à ce qu'un risque, que je jugeais jusque-là théorique et de ce fait acceptable, devienne réalité»

Vraiment peu inspirée la responsable politique allemande dans son entrevue avec Der Zeit pour justifier la planification de la sortie du nucléaire en 2022!

"Je ne m'attendais pas" est la confession de l'incompétence. Gouverner c'est prévoir disait le sage Mendès-France. Une confession qui entache la réputation de gestion rigoureuse et exemplaire pour le reste de l'Europe.

Bien plus préoccupant est la définition du risque que peut donner un politique qui, avec sa rhétorique, cherche à nous confondre: si le risque est théorique, où est le risque? Et si il est acceptable, cela signifie que la responsabilité du politique est engagée à partir des données du scientifique, qui lui ne parlera jamais d'un risque théorique et acceptable.

Fallait-il attendre Fukushima? Comment parler d'un risque théorique après la réalité de Three Miles Island et Tchernobyl même si la technologie de cette dernière centrale est différente? Cela signifie-t-il pour la responsable allemande que ses collègues, chefs d'Etat des pays voisins, ne voient pas la réalité et sont en train de soumettre leurs populations à un risque inacceptable?

Démocratie (réelle) et Liberté

Cette page appartient au Dossier: VIVRE ENSEMBLE

L'espace entre toi et moi

Toi et moi. Ce (et) entre toi, végétal, humain ou autre… (et) moi qui n'est pas le conditionnel ou la confrontation du (ou) mais l'espace (et) de la rencontre entre ce que je suis et ce que tu es. C'est l'espace où nos potentiels respectifs, ce dont chacun est constitué, dans sa biologie et ses conditionnements assumés, se rencontrent. C'est l'espace qui fait le (nous), mais aussi celui où je découvre ce champ où fleurit ma liberté.

Moi (et) les autres- ce (et) de l'espace public où mon potentiel peut se répandre dans l'imagination et la compréhension, lesquelles se concrétisent dans l'action libératrice. La liberté occupe l'espace public entre moi (et) les autres. Elle offre la créativité de ses initiatives et n'attend aucun privilège.

Les élites qui donnent leur talent en échange de privilèges ne sont pas libres; ils sont esclaves du pouvoir de domination que leurs privilèges leur confère avec le consentement de l'espace public qui se referme alors sur lui-même.

Ni la liberté ni l'égalité nous sont données

Malgré les préjugés pour le politique, les masses leur confie l'espace public. Or, on ne peut limiter la politique à la représentation de nos divisions par des partis de gouvernement qui utilisent l'alternance comme condition de la démocratie.

"L'égalité de Droit comme donnée de départ sert à couvrir les plus grandes inégalités". Dans la vie pratique, nous sommes toujours dans l'inégalité des rapports face à la connaissance, aux informations qui nous parviennent selon nos conditions d'éducation, notre provenance… L'égalité n'est donc pas une donnée de la démocratie, sinon un principe que les élites au pouvoir utilisent pour vanter les mérites du système qu'ils gouvernent et cherchent à perpétuer. Ni la liberté ni l'égalité nous sont données.

Dans une démocratie réelle, l'action sociale et politique est une approche patiente vers moins de domination et moins d'inégalité La démocratie est donc toujours en mouvement, en devenir, elle ne supporte la rhétorique des grands principes sinon le langage de l'approche réfléchie qui ne cherche pas à conclure.

Transformer l'espace de liberté

Nous devons bien reconnaître que la politique est ce qui détermine nos modes de vie dans le cadre, non nécessairement individuel, mais certainement social. Elle est donc ce qui nous permet de participer de l'aventure collective et, par conséquent, de comprendre les contraintes qui limitent le champ de nos libertés individuelles dans le contexte social duquel nous n'échappons pas.

Ainsi, la politique est ce qui me sensibilise quant aux possibilités que j'ai, comme être social, de construire ou transformer cet espace de liberté. Je me dois de me demander quelles sont mes possibilités de:

Créer cet espace de liberté où le territoire qu'il nourrit est sensible, rempli de l'élan vital qui lui est propre?
Reconnaître ses limites, toujours changeantes, dans un devenir incessant?
Ne pas envahir le territoire de l'autre ni laisser envahir le sien?
Reconnaître en lui les forces actives, vitales, et les forces réactives qui le conditionnent dans ses peurs?
Assumer les conflits qui se présentent dans une humanité aux spécificités multiples, différenciées qui opposent si violement parfois les groupes ou des personnes?
Reconnaître ainsi son potentiel réel, toujours variable, toujours sensible?

(Voir dans ce Blog: "La liberté comme espace")

Je me dois de reconnaître le caractère contraignant du VIVRE ENSEMBLE comme le pas nécessaire à la constitution de mon espace de liberté. A partir de cette reconnaissance je peux assumer mon action sociale et politique dans le cadre de mes possibilités et en prenant le risque de me tromper quant à ma capacité d'inventer ou d'anticiper. Les conséquences de nos actions collectives sur les générations futures font directement appel à ma responsabilité individuelle.

Il y a donc dans mon sentiment de liberté un compromis nécessaire. Il y a le futur qu'appelle ma responsabilité. Il y a le présent de mon action assumée, fondement de mon individualité, donc ma liberté.

Mais la liberté accepte-t-elle un compromis? Dois-je assumer cette contradiction ou ne vivre que dans le présent de ma liberté dont l'espace est dans l'instant vécu? Qu'en est-il alors de l'action politique? Ne faut-il pas revendiquer le chaos individuel qu'argumentent les manipulateurs de la peur pour perpétuer leur pouvoir dominateur au nom de la liberté individuelle? Pourquoi voir un chaos dans l'absence d'organisation programmée? Car cette dernière ne peut que brider ma liberté et me conduire à une relation dominant/dominé si je relâche mon contrôle sur elle.

HANNAH ARENDT, Domination et Liberté

L'élaboration du Dossier VIVRE ENSEMBLE se fait en résonance avec l'actualité des mouvements populaires dans divers pays, méditerranéens en particulier. Ceux-ci nous semblent traduire sans ambiguïté cette action politique qui a marqué profondément l'oeuvre de Hannah Arendt. En complément au dossier cité, nous ouvrons dans ce Blog le dossier ARENDT, DOMINATION ET LIBERTÉ, qui réunit quelques citations de l'auteure et divers commentaires.


Pour Arendt, il y a une nécessité de compréhension de l'action politique qui puisse aboutir à ce qui est contenu implicitement dans le concept de Polis, à savoir la liberté. Mais il n'y a pas de compréhension de la politique sans une compréhension de l'individu, puisque l'action politique est profondément humaine, ce qui amène Arendt à traiter de l'imagination et la mémoire.

Au sujet de la démocratie athénienne, elle distingue la sphère de la nécessité, qu'elle développe dans le concept de labeur comparé au travail de la sphère de la liberté qui est celui de l'action par la compréhension:

«Les hommes vivaient ensemble, portés par leurs nécessités et exigences. Cette force qui les unissait était la vie même… qui, pour la préservation de l'individu et la survie de l'espèce, nécessite"la compagnie des autres"… Ainsi, la communauté naturelle de la famille naquit de la nécessité…La sphère de la polis, au contraire, était celle de la liberté et il existait une relation entre ces deux sphères du fait que, en toute logique, le domaine des nécessités vitales dans la famille définissait la condition pour la liberté dans la polis».

L'espace public, le vivre ensemble dans la compagnie des autres, est donc l'espace de l'action politique, espace de liberté.

La liberté est mise en évidence par son absence.
Le sentiment de liberté dans un vivre ensemble n'est-il pas lié à la domination, au pouvoir du tyran dans le passé, au pouvoir de quelques uns aujourd'hui. La chute des empires vit l'apparition du totalitarisme comme nouvelle réalité politique possible. Elle qui en a étudié les origines situe ainsi le totalitarisme: «La compréhension préliminaire [celle qui, pour Arendt, est la condition implicite pour qu'existe la connaissance des phénomènes] lui a collé l'étiquette de problème fondamental et de danger le plus significatif de notre époque».

Le thème de la domination, du pouvoir, que Arendt distingue du potentiel de l'individu et de la puissance du vivre ensemble, fera l'objet de notre première page Arendt et la domination dans ce Dossier car, dans la crise politique, économique et financière que les humains vivent sur tous les continents, c'est bien ce qui ressort avec le plus d'acuité, au-delà des préjugés que les masses peuvent avoir sur un système aujourd'hui globalisé.

Il sera suivi du thème de la compréhension et de l'action politique: Arendt et la liberté, sans entrer dans la comparaison labeur-travail-action qui déborde notre propos, celui du Dossier VIVRE ENSEMBLE.



Le ruban blanc-Haneke

Dossier. HANNAH ARENDT, Domination et Liberté

En préparation
Arendt et la domination
Arendt et la liberté
Arendt et la participation

VIVRE ENSEMBLE

Ce printemps nous avons vu se faire l'Histoire au présent dans Marenostrum, se déployer "la politique" dans le sens que lui donne Hannah Arendt , cette capacité d'aller vers ce qui n'est pas encore, l'introduction de l'inconnu dans le connu, la manifestation de l'intempestif, l'inattendu dans l'apathie de la normalité.


L'action

Des individualités, ici et là, dans la pluralité des initiatives, essaient de construire un "vivre ensemble", retrouver les fondements de la politique que le système politique, qu'il soit dictatorial ou démocratique, tente d'étouffer par sa fonction représentative.

C'est par la participation des pluralités que l'action humaine peut initier une chaîne d'évènements qui ont le pouvoir d'interrompre et transformer des processus politiques et sociaux, de rompre avec le passé et changer ainsi le cours de l'histoire. Parfois aussi, l'action politique du "vivre ensemble" laisse apparaître sa fragilité et l'incertitude de son parcours.


Comprendre

Les mots de "Démocratie réelle" –puisqu c'est de cela qu'il s'agit dans ce printemps historique–, les couples représentation / participation, oppression / liberté, domination / égalité, Etat de droit / dictature, …demandent un effort quand il s'agit de les intégrer au le monde sensible qui nous constitue. Ce sont des mots qui ne deviennent lisibles que lorsque l’on sent en soi ce qui convient d'être contesté ou combattu, soutenu ou atteint et les moyens correspondant à chacun d'eux.

Il s'agit de comprendre, de vivre la tension entre la pensée et l'action, vivre en soi la résonance des mots. C'est l'autre face de l'action, «un processus compliqué qui ne produit jamais des résultats évidents, una activité san fin…par laquelle nous acceptons la réalité, nous nous réconcilions avec elle, ce qui revient, en fait, à essayer d'être en harmonie avec le monde» nous dit Hannah Arendt.

Comprendre, c'est encore la nécessaire réflexion sur le déroulement des évènements subis au siècle précédent, sur la domination par des Etats qui ont recouvert leurs déchirements passés du voile d'une monnaie unique. C'est aujourd'hui l'urgence d'un examen critique de la domination des peuples par un empire mercantile et anonyme qui, par son appétit de croissance, cherche à vider de toute substance le projet du "vivre ensemble". Car, au-delà de l'affect que la nature nous offre, il y a dans l'humain une force d'attraction vers le collectif, le vivre ensemble.
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Ma réflexion et ma volonté de comprendre représentent mon action sociale et politique, loin de toute volonté d'expertise (dont je n'ai pas les moyens) ou de positionnement citoyen (qui me limiterait au projet d'un Etat reconnu), sinon comme simple humain, élément d'une humanité errante.

Commencées dès la création de ce Blog, ces bribes de réflexion seront regroupées, en les actualisant, dans le présent dossier.



Sortie d'école



Dossier: VIVRE ENSEMBLE
Mise à jour le 24 Juin 2011

En préparation
Démocratie réelle: la participation


Entrées associées

Liberté individuelle ou servitude?

Ce texte est une annexe à la page: Démocratie (réelle) ou domination publié dans le Dossier. VIVRE ENSEMBLE en cours de préparation.

Lorsque nous envisageons la possibilité d'une action politique, de vivre la politique, nous nous trouvons face à un système de pouvoir qui a établi. A partir d'une idéologie, un modèle de développement socio-économique qui prend appui sur une structure militaire et financière. Et ce, quelle que soit l'idéologie et le pays.

Dans le quotidien de l'espace public, le système de pouvoir donne une représentation qui nous inclut comme agents directs et nous soumet à des modèles de conduite et de connaissance spécifiques en accord avec la idéologie qui le guide.

Une action politique, dans de telles conditions, demande une réflexion préalable sur le degré de domination du système, de soumission de l'individu, et met en évidence l'état opposé qu'est la liberté de l'individu social.

«Nous avons enseigné aux gens à renoncer à l'exercice du pouvoir social. Et ils ont renoncé au profit de belles représentations qui incitent les masses à chercher ailleurs leur valeur et leur devenir» dit Jean-Léon Beauvois dans son "Traité de la servitude libérale: analyse de la soumission".

A la réflexion la plus évidente que l'on puisse faire sur la soumission dans le cas de la dictature: «comment tant d'hommes, tant de villes et tant de nations se soumettent parfois au joug d'un seul tyran, qui n'a pas plus de pouvoir que celui qu'ils veulent bien lui donner» s'ajoute la dénonciation par Beauvois des démocraties qui se définissent à elles-mêmes comme libérales. Sous la supposée liberté de choix des individus, se cache cette étrange intériorisation de la soumission dont tant l'école comme la famille ont participé. Est-il possible que nous arrivions à aimer nos chaînes? Pourquoi? Dans la liberté de choix, le vote, se trouve la paradoxe de la puissance dominatrice.

L'obéissance de "la majorité silencieuse" à cette représentation quotidienne du pouvoir correspond à ce que Hannah Arendt[1] appelle "la courroie de transmission" dans sa description du totalitarisme . Ce qui amène Beauvois à parler de "démocraties totalitaires", d'un totalitarisme libéral qui propage l'idée d'un individualisme libéral.

C'est cet individualisme libéral qui, chaque jour, répète cet ordre: «Oubliez vos ancrages et vos identités sociales puisque vous ne pouvez être vous-mêmes avec ces identités et ancrages. Laissez faire les gens compétents comme le veut la raison». Pour Beauvois, cet ordre appelle à «une transgression et cette transgression est urgente. Elle ne peut passer autrement que par la lutte contre les arbitraires hiérarchiques ou corporatives et le retour à des projets autogestionnaires».

Le libéralisme, en effet, interpelle le citoyen avec le même discours que le totalitarisme: "ce qui t'est proposé, bien que cela puisse te paraître une pression externe, correspond à ton propre bien". C'est un discours qui met l'accent sur les intérêts propres à l'individu, sur "ce qu'il veut réellement… sans le savoir". S'il y a une différence avec le totalitarisme, elle réside dans le fait que le totalitarisme impose au sujet son propre bien –oblige la personne à être heureuse pour son bien "parce qu'il y a un bien commun supérieur que tu ne perçois pas". Le libéralisme, lui, fait référence à la nature intérieure du sujet «il s'accroche à la fiction d'une autoperception libre et immédiate du sujet: "je n'affirme pas savoir mieux que toi ce que tu désires, simplement regardes en toi et décide librement ce que tu désires!"».



Dans son introduction au livre de Beauvois, Slavoj Zizek, que nous venons de citer, fait référence à "La société du risque" de Ulrich Beck. Citons ce dernier: «l'idéologie dominante s'efforce de nous vendre la même insécurité provoquée par le démantèlement de l'Etat de bien-être comme une chance pour atteindre de nouvelles libertés: "vous devez changer de travail chaque année et dépendez de contrats de courte durée au lieu d'un poste stable et durable? Pourquoi ne pas considérer cela comme une libération des restrictions dues à un poste fixe et l'occasion pour vous réinventer à chaque fois, pour capter et comprendre les potentiels cachés de votre personnalité?"… "Vous n'avez décidément plus confiance dans les régimes de santé et de retraite conventionnels au point que vous devez opter pour une couverture complémentaire qu'il faut payer? Pourquoi ne pas le voir comme un supplément d'opportunité de choix, soit une meilleure vie maintenant soit la sécurité à long terme?"… Et si une telle façon de voir vous rend anxieux, l'idéologue postmoderne de la "seconde modernité" vous accusera immédiatement d'être incapable d'assumer une entière liberté ou de fuir de la liberté, d'être immature en vous attachant aux vieilles formes stables».

Ainsi, nous dit Zizek, le libéralisme des démocraties avancées, en invoquant la nature du mental de l'humain comme raison à son obéissance, en arrive au paradoxe suivant: les individus libéraux sont les moins libres des individus. Ils acceptent l'argument par lequel «ce qui leur est en fait imposé soit supposé surgir de leur nature. Ils ne sont même pas conscients de leur subordination».

Notes
[1] dans ce Blog -Dossier HANNAH ARENDT, Domination et Liberté (à ce jour en préparation)

Démocratie (réelle) ou domination

Cette page appartient au Dossier VIVRE ENSEMBLE en cours de préparation.

Nous expérimentons la démocratie de la représentation. Elle se caractérise par l'a priori d'un projet national et d'une nation souveraine . Nous avons déjà traité de la souveraineté dans le Dossier LES RÈGLES DU JEU quant à la "Vulnérabilité et la sécurisation du pouvoir global". Cette souveraineté nationale se manifeste particulièrement dans la décision, laquelle est le monopole du chef d'Etat dans les régimes républicains ou de gouvernement dans les régimes à monarchie parlementaire.



La décision

La décision du chef confirme la souveraineté du pays lorsqu'elle montre son caractère absolu, libéré de toute obligation normative dans, par exemple les états dits "d'exception" comme la crise économique, la révolte ou, bien sûr, la guerre . Mais ce caractère absolu tend à devenir la norme lorsque la majorité de la représentation politique est du même parti que le "souverain", ce qui est le cas le plus fréquent. La souveraineté est en fait aux mains d'un corporatisme.

Le culte de la personnalité qui caractérise les démocraties modernes, ces sociétés du spectacle annoncées par Guy Debord, accompagne l'acceptation de telles prises de décisions comme preuves de dynamisme et d'esprit d'initiative du souverain élu (voir dans ce Blog "Construction de l'espace public mondial").



Cependant, la décision absolue met en relief les limites du système démocratique en vigueur, la faiblesse des institutions et se traduit dans les faits par une situation politique du type dominant / dominé, à la condition que la désinformation qui la porte n'aveugle pas le citoyen.



Le monopole de la violence

De plus, en démocratie représentative la décision du souverain se prend dans un contexte d'antagonisme entre partis dont la logique est l'affrontement. Il y a les alliances et l'attaque direct des (ou aux) opposants. Dans le cadre de la politique extérieure, l'affrontement est latent ou déclaré, il y a toujours un ennemi désigné, que ce soit un pays ou une idéologie censée menacer les "intérêts vitaux" de la souveraineté. Aussi, les démocraties qui s'autoproclament avancées se retrouvent souvent en contradiction avec les principes de liberté et de droit des individus.



La rhétorique du pouvoir dominant est que les humains peuvent légitimement utiliser leur potentiel pour créer une véritable puissance d'initiatives. En réalité, le pouvoir s'approprie de cette puissance au nom d'une souveraineté nationale qui s'affronte au danger et à la compétition internationale et organise la fusion entre puissance et violence.

Max Weber nous dit que le pouvoir politique a le monopole de la violence, ce qui revient à affirmer que la violence est son moyen spécifique et exclusif. Il définit l'Etat comme une relation de domination d'hommes sur d'autres hommes qui se maintient au moyen de la violence. Le monopole de la violence étatique permet au souverain de décider de la dissolution de manifestations pacifiques, de désigner l'ennemi là où il lui convient, dans ses villes ou dans d'autres capitales.

Le potentiel des humains, dans leur diversité, se voit ainsi frustré. Leur capacité d'initiatives est utilisée par l'Etat, contre eux si nécessaire. La puissance et la violence de l'Etat envahissent l'espace public, qui devrait être celui de la politique, au bénéfice des moyens et des fins de ce que l'on nomme le politique.







La domination

Au niveau international, le pouvoir de décision appartient à un club restreint qui pilote la gestion du monde, dont le moteur est un système économique et financier opaque dans l'espace public, et ce au nom du bien de l'humanité. C'est ce que Bertrand Badie nomme "le Directoire du monde" qui, sous la forme de G8 ou G20 «incarne le poing de la puissance dans un gant de paix universelle».

Une "élite" domine l'espace public propre à l'ensemble des nations, c'est-à-dire à l'humanité. Il s'est formé une oligarchie, ou plutôt uneoligo-cratie (voir Arkhos et Kratos dans ce Blog), qui dispose d'une puissance idéologique basée sur l'intégration des pouvoirs politique, économique, financier et bien entendu médiatiques. C'est un empire mercantile globalisé, tel que nous l'avons décrit dans LES RÈGLES DU JEU.

Cette oligarchie dirige les projecteurs de ses médias là où elle le désire: ce sont les messes des G7, 8, 20…et des cénacles comme le Forum de Davos, le Groupe Bilderweg, la Commission Trilatérale ou se retrouvent les partis de gouvernement états-uniens et ceux du centre et de la droite européenne, ou encore les réservoirs de réflexion, think tanks, si influents.

La tentation est grande de voir complot et conspiration dans un tel pouvoir concentré de domination. Il serait pourtant plus réaliste de décrire une telle organisation comme un maillage complexe d'intérêts économiques, financiers, de groupes de personnes dans le cadre d'une dynamique sociale autonome comme le signale Noam Chomsky.



Le conditionnement

Ce qui est par contre évident est la capacité de conditionnement propre à ce type de domination qui gère les affaires communes à l'ensemble des individus dans l'intérêt de quelques uns et démontre la faiblesse du système politique sinon sa complicité.

C'est en effet le politique qui, relayé par les médias, a la charge de l'image et des mots, dans le cadre d'une rhétorique de la liberté individuelle et de l'égalité des droits, tout en donnant à la sécurité la part qui convient dans ce conditionnement. C'est là l'idéologie de la démocratie liberale, qui se traduit par la soumission des individus (Voir Liberation ou servitude?, dans ce Blog- chapitre Texto et qui traite du livre de Jean-Léon Beauvois "Traité de la servitude libérale: analyse de la soumission")



Ainsi, le mirage de la liberté fait oublier la relation directe, biologique, au bien commun qui est le fondement d'une Démocratie Réelle. L'aliment et la matière première qu'offre la nature ne sont plus que le résultat d'une chaîne de production. Les services publics, au lieu de dépendre des intérêts et des nécessités directes de tous comme bien commun, sont cédés à des entreprises privées qui ont comme moyens la compétitivité et comme finalité le bénéfice des actionnaires. Les conditions d'exploitation des ressources énergétiques sont en contradiction avec les fondements d'une Démocratie Réelle, bénéficiant à certains au détriment de tous, voire au risque de mettre en danger la santé et la vie dans le cas des émanations de gaz ou de radioactivité.

Le droit des individus est bafoué dans l'indifférence et l'obsession de la sécurité devient le prétexte à l'exclusion et la violence. L'individu conditionné ne voit pas la contradiction qu'implique la liberté individuelle qu'on lui propose avec le système de sécurité qu'on lui impose. Applaudissant l'instauration de cette fausse démocratie dans les anciennes dictatures, il ne sait pas que ce sont les élites qu'il a élu qui mettent en place ceux qui deviendront les élites élues de ces démocraties naissantes.

Le pouvoir politique, au lieu de prévoir les flux et les devenirs de ceux qui l'ont élu pour cela et gouverner avec le recul nécessaire, peut alors s'accorder parfaitement aux problèmes de la société en les traitant au jour le jour, toujours dans l'obsession de la sécurité, donc en manipulant les peurs, et il sait promouvoir l'exclusion plutôt que l'inclusion.

L'individu conditionné ne sait pas qu'il a élu un pouvoir populiste qui, au-delà de cette gouvernance au jour le jour sait parfaitement faire le jeu des grands monopoles économiques et financiers. Et ce, même en pleine crise internationale, malgré les promesses d'un contrôle et d'une régulation de ces monopoles. L'individu, dans son conditionnement et son ignorance, vote contre lui-même.

Il ne sait pas qu'en exprimant son indignation, face à la situation que génère un tel système, il maintient le dialogue avec les élites.

Il ne sait pas qu'en revendiquant, au nom d'une Démocratie Réelle, un type de représentation politique plus en accord avec les devenirs de la société, il fait en sorte que ce système oligarchique se perpétue.

Reste que ces pulsions émotionnelles traduisent un réveil du coma social profond dans lequel se trouve la masse des individus européens. La véritable révolution ne serait-elle pas, en fait, ce phénomène de rébellion qui porte en soi la constitution d'un espace de liberté? Comme dit Hannah Arendt , si la grande majorité des humains exerçait son pouvoir, c'est-à-dire son action concertée, il n'existerait aucune domination qui puisse les avilir.